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Gorgobina est, d'après
César, un site stratégique de première importance. Il y installa les Boïens
après la bataille qu'il remporta sur eux et sur les Helvètes (César, Bellum
Gallicum, I, 28 et VII, 9). Elle fut le lieu de différents épisodes importants
de la Guerre des Gaules : dans leur conflit avec les Eduens, les Arvernes y
avaient appelé les Germains d'Arioviste. Défaits à Magetobriga (Mesvres en
S-et-L.) avant qu'ils n'attaquent la position, les Eduens avaient ensuite fait
appel aux Helvètes qui furent défaits, à leur tour, mais cette fois par César
(à Sanvignes), en 58 av. J.-C.. Quelques années après, Vercingétorix, à la tête
d'une coalition gauloise, déclencha toute une série d'opérations contre
l'envahisseur romain pendant l'hiver 53-52, avec comme objectif principal
d'enlever la position. Mais l'offensive du général romain sur Bourges l'obligea
à lever le siège (César, Bellum Gallicum, VII,12).
Gorgobina, site
longtemps cherché mais jamais trouvé, était, en fait, le mont Beuvray (communes
de Saint-Léger-sous-Beuvray, Larochemillay et Glux-en-Glenne, départements de
la Nièvre et de la Saône-et-Loire). Les travaux de l'ancien officier, Emile
Mourey, le prouvent d'une façon irréfutable. Cela nous oblige à interprèter
différemment les fouilles archéologiques menées entre 1867 et 1907 par Jacques-Gabriel
Bulliot puis par Joseph Déchelette. Depuis 1984, le site est de nouveau l'objet
d'un grand projet de recherche, qui associe des archéologues issus de divers
pays européens. Les résultats, également à réinterpréter, sont présentés sur
place dans un musée de la civilisation celtique, tandis que le produit des
fouilles anciennes est visible à Autun (musée Rolin) et à Saint-Germain-en-Laye
(musée des Antiquités nationales).
Située à 25 km d'Autun,
qui fut la ville fondée par les Eduens de Bibracte (Mont-Saint-Vincent), dans
le cadre d'une cité double (Augustodunum), le mont Beuvray, qui culmine à 821
m, est un bastion du massif du Morvan. Aujourd'hui recouverte de forêts,
Gorgobina est un parfait représentant des grands sites stratégiques, ces vastes
agglomérations fortifiées qui parsèment l'Europe aux IIe et Ier s. av. J.-C.
Elle est ceinturée d'une fortification longue de 5 km, formée d'un rempart de
terre précédé d'un fossé, ouvert de plusieurs portes. La superficie enclose
(135 ha) semble en grande partie occupée par des habitations au Ier s. av.
J.-C. Elle fut plus grande encore (200 ha) : les recherches récentes ont en
effet montré que le site fut, à un moment donné, ceinturé par un rempart plus
étendu. Les dégagements de vestiges sur de grandes surfaces permettent de mieux
comprendre comment une importante troupe militaire (Arioviste et ses Germains)
a pu s'installer en position défensive sur le site, suivie ensuite d'une
population en cours d'émigration (la population boïenne). Tout cela est
évidemment bien différent de ce qu'évoque le site de Bibracte au
Mont-Saint-Vincent, vraie capitale du peuple éduen, qui avait établi des liens
d'amitié avec Rome dès le milieu du IIe s. av. J.-C.
L'oppidum de Gorgobina
(mont Beuvray) est traversé par plusieurs voies qui structurent l'urbanisme.
Dans une première phase (fin du IIe s. / début du Ier s. av. J.-C.), l'oppidum
n'héberge probablement qu'une garnison militaire arverne (la petite Gergovie);
l'architecture n'utilise que la terre et le bois. Les techniques de
construction plus sérieuses sont introduites à partir du milieu du Ier s. av.
J.-C. (arrivée d'Arioviste puis des Boïens). On observe finalement la
construction de maisons spacieuses, de plan plus classique, à la fin du même
siècle et au début du suivant (organisation de Gorgobina en capitale boïenne).
Les lieux publics sont encore mal identifiés. On connaît plusieurs fontaines et
bassins, de construction souvent monumentale. Enfin, les fouilles du XIXe s.
ont localisé un vaste bâtiment qui semble identifiable à un marché ou à un
entrepôt. La physionomie de Gorgobina reste donc résolument différente de celle
d'une ville gauloise "classique" telle que Bibracte
(Mont-Saint-Vincent) par sa situation topographique, ses fortifications en terre
et son urbanisme de circonstance.
Malgré son rôle avéré
de capitale politique du peuple boïen, la ville n'a pas réussi à s'imposer
comme centre économique, ayant été assez rapidement supplantée par ses colonies
de Château-Chinon et de Luzy. Les nombreux vestiges d'amphores qui ont pu faire
croire à un important commerce de vin venant d'Italie, sont en réalité la trace
normale du passage d'une troupe militaire ou d'une tribu en migration qui ne
pouvaient survivre sur le plan alimentaire qu'en recevant un ravitaillement
venant de l'extérieur. En revanche, la mise à jour d'un grand nombre d'ateliers
métallurgiques, où des artisans mettaient en forme des objets en fer ou en
alliages de cuivre, prouve que ces populations étrangères et militaires avaient
leur propre industrie.
Le site semble perdre
totalement sa fonction résidentielle dès le début du Ier siècle ap. J.-C.. Au
moyen-âge et à l'époque moderne, il accueille encore une foire annuelle de
grande importance, attestée depuis le XIIIe s. Enfin, tirant parti du calme des
lieux, un couvent franciscain y est fondé au XIVe siècle et sera abandonné deux
siècles plus tard.
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